Reportage photo d'accouchement

Une première expérience inoubliable

Je photographie les futurs mamans et bébés depuis maintenant trois ans. Forcément l’idée de vouloir immortaliser un accouchement naturel m’a traversé plus d’une fois l’esprit et reste la continuité logique des séances que je réalise.

Bien entendu, je me posais beaucoup de questions du pourquoi? comment? quand?

Au départ j’ai eu quelques appréhensions pour mener ce projet car il s’agit d’un évènement si personnel, intime et délicat que je remettais en question la place que j’allais prendre au sein de celui-ci ainsi que ma légitimité: comment convaincre les sages femmes et parents pour les rassurer au mieux de mon intervention en ayant suivi aucune formation, ni acquis d’expérience dans ce contexte particulier. 

Être photographe d’accouchement demande beaucoup de discrétion et d’adaptation suite aux conditions imposées. Mon objectif premier était de rester attentive aux désirs profonds et bien-être de la maman, sans oublier sa sécurité. Je devais également anticiper les imprévus et émotions débordantes des parents. Le second objectif était de devoir être réactive pour les prises de vues, en veillant à ne pas déranger le personnel soignant ni trop interférer dans le cercle intime des parents. 

Pourquoi photographier un accouchement? 

C’est un évènement tellement incroyable qui reflète la beauté de la vie, la puissance de la femme et de son corps; que je ne pouvais passer à côté de cette occasion. Photographe sociale et lifestyle, j’ai toujours souhaité réaliser des photos authentiques, intimes et pleines d’émotions. Cet évènement reflète la vraie vie. Photographier la naissance d’un bébé est la seule occasion où nous passons des larmes aux sourires, du découragement à la joie, du désespoir à la délivrance, de l’adrénaline à l’apaisement… Ce qui est certain est que la fusion de toutes ces émotions aussi intenses soient-elles ne se présentent pas lors d’un reportage de mariage. 

Pour moi photographier un accouchement est le sens de ce que j’aime capturer: la dualité de la vie. Nous vivons dans un monde de matière, à la fois extraordinaire, merveilleux, bouleversant mais aussi éprouvant, qu’il me tient à coeur de réaliser des images reflétant la réalité, l’authenticité, ainsi que la vision que je porte de ce monde à travers ma sensibilité.

L’annonce de Solange

Solange, une connaissance, me contacte le 11 juin 2021 pour m’annoncer sa deuxième grossesse. Enceinte d’environ 5 mois à ce moment là, nous nous retrouvons quelques jours plus tard autour d’un déjeuner afin d’échanger sur son projet de naissance. Son désir était celui d’accoucher de manière physiologique et pouvoir immortaliser cet évènement. 

Elle a toute de suite pensé à moi après avoir immortalisé sa première grossesse et réalisé ses photos de famille lors des mini sessions. Sa seule condition était de ne pas capturer en images les flux liquides avec le sang ni de réaliser de gros plans rapprochés sur ses parties intimes. C’est donc avec un grand OUI que j’ai accepté son projet et saisi l’opportunité. 

Suite à l’accord de ses deux sages-femmes et du papa, elle me communique la date de son terme prévu le 29 octobre.

De mon retour d’Allemagne, la nuit du 26 octobre, mon téléphone sonne à 1h13 du matin: « Bonsoir Aude, c’est pour ce soir, j’ai perdu les eaux, tu peux te préparer à venir à la maison ». Je me prépare donc rapidement en une demie-heure top chrono, j’arrive à leur domicile au même instant que la cousine de Pascal, le conjoint de Solange, venue récupérer leur fils aîné de 3 ans.

 

Je sens déjà le stress un petit peu monter pour Pascal, qui surveille et observe attentivement sa moitié. 

Tandis que les minutes passent et que les contractions se rapprochent de plus en plus et s’intensifient, la douleur devient quelque peu insupportable pour Solange. 

Je m’installe dans un coin de la pièce à patienter et observer tout ce qui se déroule devant mes yeux en me retrouvant à la place du père: 

Impuissante à analyser la scène avec un certain détachement: je devais me concentrer sur ma mission principale qui était de prendre des photos et saisir chaque instant fort. 

Une heure plus tard, les sages femmes arrivent et contrôlent la situation, ce qui rassure grandement Pascal.

4h après le début du travail, nous nous préparons à quitter le domicile direction la salle d’accouchement au plateau technique de l’hôpital après un dernier contrôle monitoring. Je pars devant la première avec ma voiture le temps de me garer au parking principal, prendre 3 ascenseurs, descendre 2 étages, traverser tant bien que mal les différents pôles de services du bâtiment (un véritable labyrinthe) où toutes les portes étaient fermées au milieu de la nuit. Une chose que j’anticipais déjà mais j’étais étonnée de ne trouver aucun vigile ni membre du personnel circuler dans les couloirs pour m’ouvrir.

La maternité se situait à l’opposé de l’entrée principale, je ne pouvais me garer directement aux urgences malgré l’annonce de mon intervention. Je me suis retrouvée bloquée dans les couloirs de longues minutes, coincée entre deux étages, portes toujours fermées. Les indications au mur étaient incompréhensibles pour retrouver sa direction et l’interphone du service fonctionnait mal. 

Cerise sur le gâteau, plus aucun réseau n’était disponible pour joindre le papa afin de connaître le nom de la salle d’accouchement et le prévenir de mon retard: la panique monte, j’ai cru en cet instant louper l’ultime dernière étape. 

J’arrive enfin à la salle d’accouchement vingt minutes plus tard (merci infiniment à l’agent de propreté d’avoir utilisé son badge pour m’ouvrir l’accès à toutes les portes et m’accompagner en direction de la salle).

J’entre dans la pièce où je découvre Solange immergée totalement dans la baignoire, grande lumière éteinte. 

Seulement un filet de lumière des toilettes, situé face à la baignoire, éclairait timidement une partie de la pièce. J’ouvre un peu plus la porte des wc pour augmenter l’éclairage et faire ma mise au point sur le sujet. Je tente également d’allumer quelques lumières led au plafond en veillant à laisser un éclairage tamisé pour ne pas déranger la maman en pleine concentration et à l’écoute de son corps et du bébé.

photographe annecy accouchement

A peine arrivée, je comprends très vite que je devais gérer et composer au mieux avec le manque accru de lumière, sans flash, ni trépied à main levée. J’avais une petite réticence du résultat final pour mes prises de vues car qui dit manque de lumière dit images floues et apparition de grain sur photo mais il n’était pas possible d’allumer complètement la pièce. 

Une arrivée rapidement écourtée par l’annonce de l’une des sages-femmes qui me demande gentiment de ranger mon appareil photo et de devoir quitter les lieux car les choses ne se déroulent pas tout à fait comme prévues: un transfert de salle est envisagé…ma présence serait alors interdite. C’est un sujet qui a déjà été anticipé et évoqué avec Solange au début de nos échanges pour la préparation de son accouchement en cas d’incident. J’étais donc préparée à cette probabilité. 

Solange épuisée, quelque peu déçue et stressée, craque. Elle est navrée de ce changement de situation. 

Au moment d’enfiler ma veste, soudainement elle s’exclame : « Je sens la petite, elle est là, elle arrive, elle va sortir.  » 

Je reste donc une minute à guetter ce qui se passe, repose mon sac et rapidement la sage-femme me donne son feu vert pour rester immortaliser l’arrivée de bébé. 

Un instant hors du temps, où Pascal reste incroyablement calme face à Solange pour la soutenir. 

photographe annecy accouchement

6h31, la petite Jade pointe le bout de son nez et pèse 3860g pour 53cm. Elle est en parfaite santé. 

Félicitations aux parents. 

J’avoue avoir versé ma petite larme derrière mon masque en cet instant. C’était tellement émouvant.

C’est dans le plus grand calme et la contemplation que nos parents réalisent progressivement la naissance du bébé. 

Jade n’a pas cherché le sein tout de suite pour boire les premières gouttes de lait. Elle était sereine et toute apaisée lors du peau à peau avec sa maman. Je décide de rester quelques instants de plus jusqu’à l’expulsion du placenta et lorsque Pascal coupe le cordon ombilical.

Puis je repars en félicitant les parents, toute heureuse et émue pour ce qui vient de se produire. Encore portée par l’adrénaline et un peu de fatigue, je laisse cette jolie petite famille derrière moi profiter pleinement de leur rencontre en toute intimité avec Jade. 

Je tiens encore à remercier les sages-femmes et surtout les parents de m’avoir fait confiance et autorisé la publication de ce reportage.  

EXPULSION DU PLACENTA

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